Nox Illuminata

Scénario du court métrage, "Le sacrifice" (partie 2/3)

   

Photo © Johnny Karlitch 2011

 

 

 

Scénario de court métrage de fiction

écrit et réalisé par Johnny Karlitch

 

(titre provisoire)

« Le sacrifice »

 

 

   Un groupe de soldats nazis enfonce la porte d’une maison marquée d’une étoile de David tracée à la peinture.

Trois soldats y pénètrent et, après quelques instants dominés par des cris et des plaintes, en ressortent, poussant devant eux un homme accompagné d’un garçon, une femme portant un bébé, une fillette cramponnée à elle, un vieil homme et une vieille femme, enfin un jeune homme.

Un soldat tue d’une balle de mitraillette le garçon. Le père l’attaque, mais il est stoppé par un coup de pistolet tiré par un autre soldat. La femme, horrifiée, crie et pleure. Un soldat lui arrache son bébé des bras. Elle hurle mais un autre soldat lui enfonce sa baïonnette dans le ventre. La fillette pleure, accrochée à sa mère qui s’affale. Le soldat au bébé empoigne son poignard et le jeune homme s’élance. Il est cueilli par une rafale qui atteint aussi la vieille femme. Elle tombe dans les bras du vieil homme. Le jeune homme gît au sol. Le bébé aussi, égorgé.

Les soldats s’en vont.

Le vieil homme se détache de l’étreinte de sa femme morte et se dirige à quatre pattes vers la fillette, qu’il prend dans ses bras et berce. Une rafale retentit. Le vieux et la fillette s’abattent.

On découvre que Mahmoud a assisté à toute la scène, caché derrière un muret, le désespoir de l’impuissance s’exprimant dans son visage et ses mouvements.

Mahmoud court comme un dératé, des larmes de sang noir lui coulant des yeux. Ses mains sont tachées de sang.

Soudain, une vision le fait se figer.

Un groupe de militaires israéliens des années 40 enfonce la porte vermoulue d’une maison de paysans.

Trois soldats y pénètrent et, après quelques instants dominés par des cris et des plaintes, en ressortent, poussant devant eux un homme accompagné d’un garçon, une femme portant un bébé, une fillette cramponnée à elle, un vieil homme et une vieille femme, enfin un jeune homme (tous des Palestiniens, d’après leurs vêtements).

Un soldat tue d’une balle de mitraillette le garçon. Le père l’attaque, mais il est stoppé par un coup de pistolet tiré par un autre soldat. La femme, horrifiée, crie et pleure. Un soldat lui arrache son bébé des bras. Elle hurle mais un autre soldat lui enfonce sa baïonnette dans le ventre. La fillette pleure, accrochée à sa mère qui s’affale. Le soldat au bébé empoigne son poignard et le jeune homme s’élance. Il est cueilli par une rafale qui atteint aussi la vieille femme. Elle tombe dans les bras du vieil homme. Le jeune homme gît au sol. Le bébé aussi, égorgé.

Les soldats s’en vont.

Le vieil homme se détache de l’étreinte de sa femme morte et se dirige à quatre pattes vers la fillette, qu’il prend dans ses bras et berce. Une rafale retentit. Le vieux et la fillette s’abattent.

A travers ses yeux injectés de sang noir, Mahmoud a assisté à toute la scène. Impuissant, il se débat contre le muret derrière lequel il est caché, le maculant de traînées de sang noir avec ses mains.

Mahmoud court à perdre haleine dans l’obscurité de la nuit et voit venir vers lui, de droite et de gauche, deux êtres. Quand ils s’approchent, Mahmoud reconnaît la Juive avec son bébé mort, et la Palestinienne avec son bébé mort.

Elles s’arrêtent devant Mahmoud, et chacune se lamente, le prenant à témoin de sa détresse, se bousculant presque pour accaparer l’attention de Mahmoud.

Des deux bébés, le sang coule à flots, se répand sur la terre où il coule en deux rigoles distinctes.

Mahmoud suit à pied le cours des deux ruisseaux de sang qui, bientôt, se rejoignent pour former un seul cours qui s’éloigne de Mahmoud qui est à genoux.

Une lumière éblouissante jaillit devant lui, prenant sa source du sang.

 

   Mahmoud ouvre les yeux. Ils sont pleins de larmes. A ses côtés dans le lit, Sarah dort. Il se redresse lentement et la contemple.

Il se lève avec précaution et se dirige vers la chambre de son fils.

Dans la chambre, il s’assied sur le sol, près du lit de Ali, et le contemple, les yeux toujours mouillés.

 

   Mahmoud roule sur cette route traversant la lande où il avait rencontré le vieux Abou Leyla.

Mahmoud a beau scruter les alentours, il ne trouve pas ce ou celui qu’il cherche.

 

   Mahmoud se trouve dans une mosquée.

Il s’accroupit, s’agenouille et baisse la tête jusqu’au sol.

 

   Mahmoud relève la tête.

Il se trouve dans sa salle de séjour, à genoux, en train de prier. C’est la nuit.

Sa prière terminée, il reste immobile, songeur.

 

# C’est le jour. Près d’un taxi en arrêt, Mahmoud fait ses adieux à Sarah et Ali.

Mahmoud :

- Ali, tu donneras une très grosse bise à tante Soraya. Et amuse-toi bien avec Tarek !

Ali embarque dans le taxi et Mahmoud se tourne vers sa femme.

Sarah :

- Tu sais que je n’aime pas m’éloigner de toi.

Mahmoud, lui prenant le visage entre ses mains :

- Mais ce n’est que deux jours. Ça passera vite, et puis ta sœur, elle habite à vingt minutes d’ici, s’il y a une urgence… Alors, ne t’inquiète pas. Mais ce que j’ai à faire réclame de la discrétion. Il faut donc que je reste seul à la maison. Je ne peux pas t’en dire plus. Fais-moi confiance et surtout ne t’inquiète pas. N’oublie jamais que tu es l’amour de ma vie, ma Sarah sourire de mon âme.

Sarah lui sourit et l’embrasse en le serrant fortement contre elle.

Sarah :

- A bientôt mon amour.

Mahmoud :

- Je t’aime…

Sarah embarque dans le taxi.

Le taxi démarre.

Par la fenêtre arrière, Sarah articule muettement :

- Je t’aime…

Ali fait des signes d’au revoir de la lunette arrière.

Mahmoud regarde disparaître le taxi. #

 

Dans sa salle de séjour, la nuit, Mahmoud sort de son état de songerie et se relève.

Mahmoud (à lui-même) :

- Il est temps !

Il se dirige vers une armoire à deux battants, les ouvre, et s’accroupit pour ouvrir deux tiroirs inférieurs. Il plonge la main à l’intérieur de chacun d’eux pour faire actionner un mécanisme qui lui permet de retirer complètement les deux tiroirs, qu’il dépose par terre. Plongeant le bras à l’intérieur de la cavité, il en fait sortir une grosse et longue valise en tissu imperméable vert sombre et la fait glisser jusqu’au milieu de la pièce. Il ouvre le zipper et se met à déballer les objets contenus dans la valise : un fusil mitrailleur, un pistolet équipé d’un silencieux, des chargeurs, quatre grenades, un poignard de commando, un casque, un keffieh…

Mahmoud commence à s’équiper lentement, minutieusement.

Le rituel accompli, armé jusqu’aux dents, il se tourne vers la fenêtre pour contempler la ville et respirer de l’air frais.

Ensuite, il se dirige vers la chambre à coucher et, tout vêtu et équipé, il s’allonge sur le lit.

Mahmoud ferme les yeux. Il les rouvre de temps en temps, mais le sommeil finit par le gagner et il s’endort.

Mahmoud débarque soudainement, de nuit, dans un lieu inconnu, désespérément plat, cerné d’une clôture de barbelés. Il se met à plein ventre et inspecte les environs.

A vingt, trente mètres de lui, un mirador en bois, abritant un soldat nazi armé, actionnant dans une rotation uniforme un projecteur qui éclaire les alentours.

Mahmoud porte ses lunettes à infrarouge, fait un tour d’horizon : pas d’autres soldats en vue. Il rampe en direction du mirador mais s’arrête pour palper sa jambe droite : elle a recouvré toute sa souplesse. Mahmoud n’a pas le temps de s’en étonner et reprend son rampement pour s’arrêter à quelques mètres du mirador. Sortant précautionneusement son pistolet à silencieux, il vise le Nazi, appuie sur la détente, et le soldat s’affale sans un bruit à l’intérieur de son poste d’observation.

Bientôt, Mahmoud entend le bruit caractéristique d’un train entrant en gare.

Il s’avance, dos courbé, dans la direction du bruit.

Des barbelés bloquent son avance. Les fils sont électrifiés.

Mahmoud retire d’une gaine collée à sa cheville des cisailles aux manches isolants et se met à couper fil de barbelé après fil de barbelé, dégageant une ouverture à sa taille. Il traverse le grillage en rampant et court vers le bâtiment de la gare.

Accolé au bâtiment, un autre mirador dont le faisceau lumineux est pour le moment braqué sur la plateforme de débarquement.

Mais cette fois-ci, le soldat de faction étant invisible du bas, Mahmoud dépose au sol son fusil mitrailleur, rengaine son pistolet, et entame la lente montée du mirador. Il arrive au faîte et voit le soldat nazi, le dos tourné.

Un craquement sous le pied de Mahmoud.

Le soldat se retourne, sans inquiétude.

Mahmoud ne lui laisse pas le temps de réagir : il a déjà sauté sur le Nazi tout en dégainant son poignard. La lutte est féroce et brève. Mahmoud abat efficacement et sans bruit notable le guetteur.

Maintenant, Mahmoud peut surveiller la gare et le débarquement des “passagers”.

Les Juifs déportés descendent des wagons de marchandise, hagards, pâles, crasseux, affaiblis. Certains portent  des cadavres, d’autres des malades. Tout ce monde est bousculé sans ménagement par les Nazis, dont certains excitent les chiens qu’ils tiennent en laisse contre les prisonniers.

Les hommes et les femmes sont séparés en deux groupes, et chaque groupe divisé en rangées de cinq, les unes derrière les autres.

Un ordre est donné et les détenus s’avancent, surveillés au passage par des officiers. Ceux-ci, repérant les invalides, les malades, les femmes enceintes, les enfants de moins de quinze ans, les vieillards, leur ordonnent de s’arrêter. Bientôt, il ne reste plus sur le quai que ces êtres choisis pour leur “handicap”.

De haut de son mirador, Mahmoud repère le garçon de neuf ans qui hantait ses rêves. Etrangement, celui-ci a les yeux levés, regardant fixement Mahmoud.

Mahmoud descend du mirador (à ce stade, le spectateur sait que les Juifs “handicapés” étaient aussitôt conduits aux chambres à gaz, puisqu’il a eu cette information antérieurement, lorsque Mahmoud faisait sa recherche sur Internet. De même, c’est à ce moment que le spectateur comprend que le garçon des rêves de Mahmoud est un Juif, victime des Nazis, et qu’il y a eu donc un « “voyage” dans le temps », jusqu’aux années 40).

(à suivre)

 

© Johnny Karlitch 2004



21/09/2011
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